Terrorisme et droit des réfugiés, des liaisons dangereuses ? Libres propos sur le « Muslim Ban » et la jurisprudence Lounani de la Cour de justice
13 Monday Feb 2017
Par Henri Labayle, Centre de Documentation et de Recherches Européennes (CDRE)
Les polémiques entourant l’application de l’Executive Order signé le 25 janvier 2017 par Donald Trump, président des Etats Unis nouvellement élu, interdisant temporairement l’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays et suspendant le jeu de la protection internationale, ont quitté les colonnes médiatiques pour pénétrer les prétoires. Motivé par le désir de lutter préventivement contre le terrorisme, selon ses auteurs, et par une volonté discriminatoire envers les musulmans, selon ses détracteurs, le texte pose de graves problèmes juridiques.
L’attention qu’on lui porte ne doit pas masquer qu’au même moment, le 31 janvier 2017, la Cour de justice de l’Union prononçait un arrêt important sur les liens qui peuvent être établis entre la nécessité de lutter contre le terrorisme et le dispositif protecteur des réfugiés politiques (CJUE, 31 janvier 2017, Lounani, C-573/16).
Si l’on ajoute à ces épisodes majeurs l’émoi provoqué en Turquie le 26 janvier 2017 par le refus de la Cour suprême grecque d’accepter l’extradition de huit militaires turcs qualifiés eux-aussi de « terroristes », on mesure à quel point les liaisons dangereuses désormais établies au grand jour entre le droit des réfugiés et la lutte contre le terrorisme deviennent monnaie courante et alimentent le débat public, juridique ou pas.
Ce constat mérite un éclairage et suscite une réflexion d’autant plus nécessaire que ces liaisons sont parfois fondées, malheureusement. Depuis le 11 septembre 2001, la lutte contre le terrorisme met en question ouvertement le jeu des règles du droit des réfugiés, à force d’amalgames (I), au risque de fragiliser la protection qui est due à ces réfugiés (II). D’où l’intérêt d’un contrôle attentif du juge, interne comme européen (III). Continue reading »




